Des cachots à la liberté …

Jean Kas∴, des cachots de Kinshasa à la liberté à Oloron

Par Mathieu Houadec, publié le 10 mai 2016.

Jean Kas∴, après avoir passé trois ans en prison sous le régime de Mobutu, a trouvé la paix sur les terres oloronaises.

Jusqu’au vendredi 13 mai 2016, le lycée professionnel Guynemer organise la semaine de la Paix. L’occasion de partir à la découverte d’un de ses intervenants, l’Oloronais Jean Kas∴.

“Je viens témoigner auprès des jeunes, de ce que j’ai vécu : l’injustice, la violence, l’oppression. Car pour pouvoir construire la paix, il faut malheureusement connaître des temps bien plus sombres” lâche, le regard lourd, Jean Kas∴. Cet Oloronais d’adoption est un ancien colonel de l’armée congolaise, qui après une purge du funestement célèbre président maréchal – mais surtout dictateur – Mobutu, a croupi plus de trois ans en prison, sans aucune raison valable. Une période terrible, durant laquelle il a tout perdu : travail, prestige et même son pays.

“On m’a mis trois ans en prison. Sans aucune raison valable. J’ai passé des mois dans des cachots. Beaucoup de gens y sont morts…”

Né le 6 juin 1940 dans l’ancien Congo Belge (aujourd’hui République démocratique du Congo), Jean Kas∴ est originaire “d’une petite station de missionnaire”, à Tunda, dans l’ancienne province du Kivu (au centre-est du pays). De l’époque coloniale, il retient “malgré tout que de bons souvenirs, avec un pays plus calme qu’aujourd’hui, où l’on avait tout pour bien vivre”. Une jeunesse heureuse donc, dans une famille aimante, qui permet au jeune homme, à l’époque sportif accompli, d’assouvir son ambition : faire carrière dans l’armée. École de cadets au Congo, puis École militaire royale de Bruxelles en 1960, l’Oloronais sort, trois ans plus tard, officier. Il rentre au pays, intègre l’armée et gravit les échelons jusqu’à obtenir le grade de colonel.

Un poste important, avec son lot de responsabilités mais aussi sa renommée : “J’étais très connu à Kinshasa, la capitale” confie-t-il. Mais son C.V comporte une “faille”, qui lui sera fatale : son origine ethnique. “Je ne faisais pas partie de la tribu du grand chef (n.d.l.r : Mobutu)”.

Emprisonné sans explication

Et lors d’une rafle d’officiers, en 1978, pendant un banal samedi passé “tranquillement en famille”, il est embarqué, sans aucune explication. On l’amène devant des généraux, qui lui posent “quelques questions bêtes et sans réelle pertinence”. Plus tard, il est accusé, comme 80 autres officiers, de préparer un coup d’État contre Mobutu. Il passe devant un simulacre de tribunal militaire “accompagné d’un avocat, qu’on m’avait désigné, et qui a eu deux minutes pour défendre mon cas”. Il est condamné à dix ans de prison. D’autres seront fusillés…

Mais pour Jean, c’est le début de la fin. Il passe un mois en cachot, sans voir la lumière du jour, avec pour seul repas de la journée “une boîte de sardines aux haricots”. Puis direction une ancienne prison coloniale, à 50 kilomètres de la ville de Lisala (partie équatoriale du pays), dans laquelle il passera deux ans. “Sous une chaleur insoutenable” se remémore Jean. Un lieu infernal, dans lequel les prisonniers vivent dans des conditions inhumaines. “Pas de latrines, ni de douches, et rien pour nous soigner. Même pas une aspirine. La ration de nourriture, une seule par jour, était insignifiante et de très mauvaise qualité. L’eau était non potable. Bref, c’était pire qu’un bagne” lâche l’Oloronais. Si ce dernier arrive à tenir bon “malgré avoir contracté le paludisme et divers maux”, beaucoup décéderont durant leur incarcération.

Un jour, sans raison non plus, il est libéré

Jean sortira finalement de cet enfer, à forcer de crier – plutôt d’écrire – pour dénoncer les conditions de détention. Un inspecteur de la justice militaire congolaise le prend en pitié et le fait transférer dans une prison de Kinshasa. Là, et pour la première depuis son arrestation, il pourra – grâce à la complicité de gardiens – enfin donner de ses nouvelles à sa famille. Sa femme pourra même lui rendre visite “et me présenter une fillette de trois ans” glisse-t-il, le cœur lourd, avant d’ajouter “que je n’ai pas vue grandir. Quand on m’a arrêté, ma femme était encore enceinte”…

Un jour, sans aucune explication non plus, il est libéré. Sans doute que ses multiples réclamations ont porté leurs fruits. “Dès que j’avais un bout de papier et un stylo, j’écrivais pour clamer mon innocence” souligne Jean Kas∴. Libéré, mais pas rassuré. Le pays est devenu trop hostile pour lui. L’âme en peine, il devra se résoudre à partir, direction la France. En région parisienne, puis à Billère et enfin à Oloron, en 1993. Où presque quarante plus tard, il n’a rien oublié de cette histoire, son histoire. Et pour rappeler que la paix est un bien précieux, il se replonge dans ses souvenirs douloureux pour partager son expérience auprès des nouvelles générations, pour qui la liberté est devenue presque banale…

 

 

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