A lire : Abd el-Kader et la franc-maçonnerie par Bruno Etienne

 

La loge L’Émir Abd El Kader de la Grande Loge de France. La Franc-Maçonnerie et l'Islam.

Dans son magistral ouvrage “Abd el-Kader et la franc-maçonnerie“, le regretté Bruno Etienne a donné tous les détails de l’initiation d’Abd El-Kader à la Franc-Maçonnerie.

Tout commence en 1860 :

L’Emir est alors en exil à Damas. Le chef de la résistance algérienne, après sa reddition avait en effet été retenu prisonnier d’abord en France, puis en Syrie.

En 1860, avec l’accord du pouvoir ottoman (ou grâce à l’incurie du gouverneur Ahmed Köprülü Pasha ), des massacres de chrétiens sont perpétrés par les Druzes dans le mont Liban (de mars à juillet) puis à Damas par des sunnites (9 au 18 juillet).

L’Emir est attaché à la protection des Gens du Livre (Ahl al-Kitab : juifs, chrétiens, sabéens puis zoroastriens) qui était prévu dans le régime particulier juridico-religieux du Dhimma impliquant une certaine protection des non-musulmans.

Scandalisé de voir ce qui se passe sous ses yeux l’Emir Abd-El-Kader ouvre sa propriété et sauve la vie de plus de 3000 chrétiens poursuivis par des hordes de musulmans fanatisés.

Plus de 10 000 chrétiens trouveront la mort dans ces massacres de masse destinées à anéantir tous les chrétiens du Liban.

Heureusement, grâce à l’Emir Abd-El-Kader, et à son intervention personnelle auprès des autorités ottomanes, plus de 12 000 chrétiens furent sauvés.

Pour cette action exceptionnelle l’Emir Abd-El-Kader recevra la Légion d’Honneur.

Pour cela aussi les francs-maçons parisiens souhaitent honorer l’Emir. C’est la Loge Henri IV, du Grand Orient de France, qui prend contact avec lui. Celui-ci se renseigne sur la Franc-Maçonnerie qu’il conçoit (certainement pas à tort) comme une tariqa spirituelle des occidentaux.

N’oublions pas que – depuis 1849 – l’article 1er de la Constitution du Grand Orient de France ordonne – “la croyance en Dieu révélé et en l’immortalité de l’âme“.

Abd el-Kader répond en faisant part de sa « joie indicible » et de son désir de rejoindre la Franc-Maçonnerie. C’est en parfaite connaissance de cause que l’Emir demande son initiation.

En janvier 1861, Abd el-Kader récrit : «…J’ai le plaisir très réel de m’associer à votre confraternité [tarîqa]d’amour et de participer à vos vues dans la généralité de vos excellentes règles, car je suis disposé à y déployer mon zèle… »

Comme l’écrit Bruno Etienne : “L’émir avait été initié dans au moins quatre confréries : la Qâdiriyya, fondée par le persan Abdal al-Qadir Al-Gilani (1077-1166) et qui insiste sur le « grand djihad » contre les désirs de l’ego, la Nakshbandiya, reposant sur onze principes (répétition du Dhikr, souvenir, retenue, vigilance, conscience de la respiration, voyage intérieur, solitude dans la foule, conscience du temps, des nombres et du cœur), la Shâdhiliyya, issue de l’enseignement d’Abou Hassan al-Chadhili (1197-1258) et qui conjuguait stricte orthodoxie sunnite et respect des doctrines ésotériques et la Mawlawiyya (derviches tourneurs). Sans doute trouvera-t-il dans ces institutions l’idée que la franc-maçonnerie serait la tarîqa (voie/ordre) occidentale par excellence”.

Comme l’Emir ne peut venir à Paris à ce moment là, il est initié franc-maçon le 18 juin 1864 à 21 heures, par la Loge Les Pyramides, à l’Orient du Caire, réunie à Alexandrie.

L’Emir arrive enfin en France le 27 juin 1865. Le mensuel le  Monde maçonnique annonce son arrivée prochaine à Paris et invite les frères à venir lui témoigner leur estime. L’Emir est logé par le ministère de la Guerre et accompagné par le consul de France à Damas auprès de Napoléon III qui le reçoit. Il en profite pour défendre la cause d’un soufi arrêté dans le Caucase.

L’Emir Abd el-Kader ne peut-être présent à la grande cérémonie organisée en son honneur par le GODF le 28 août mais il est enfin reçu dans sa loge, Henri IV,  le 30 août 1865. Les grades qui lui ont été décernés à Alexandrie sont confirmés par un diplôme de consécration.

L’Émir quitte la France le 2 septembre, et retourne à Damas. Même s’il est porté comme membre honoraire de la loge La Syrie, à l’Orient de Damas, ses contacts avec la franc-maçonnerie se relâchent.

Il est clair que la décision du Grand Orient de France de 1877 de ne plus faire obligation de la croyance en Dieu trouble l’Emir qui est un musulman très croyant. Il marquera d’ailleurs très clairement sa désapprobation dans une lettre qu’il enverra au GODF.

Fait notable, quatre des fils de l’Emir, Muhyi ed-Din, Mohammad, Omar et Ali, seront également franc-maçons. Mais les quatre le seront dans des ateliers d’une obédience prônant la croyance en Dieu, à savoir la Grande Loge d’Ecosse.

Le 26 mai 1883, Abd el-Kader décède à Damas. Il est inhumé à côté de la tombe de son maître Ibn’ Arabi, avant le retour de ses cendres en Algérie en 1966…

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