Le point sur La mixité au Grand Orient : un succès ???

La mixité au Grand Orient : un succès en quart de teinte

Publié par Rédac’ sur 18 Février 2016

La mixité au Grand Orient : un succès en quart de teinte

Jean-Pierre Bacot

Il y a aujourd’hui environ 1 800 femmes membres du Grand orient de France, dont sans doute un quart ont été affiliées en provenance d’une autre obédience (Grande loge féminine de France-GLFF, Grande loge mixte de France-GLMF, Grande loge mixte universelle-GLMU essentiellement). Après de longues années d’un débat parfois houleux, en particulier sur la toile, aujourd’hui largement apaisé, mais dont le contenu mériterait d’être édité, et cinq années d’ouverture, nous sommes avec un tel nombre de femmes très loin d’un raz de marée que certains espéraient et que d’autres redoutaient lorsque la question a commencé à se poser concrètement de ne plus oublier la moitié de l’humanité au sein de la principale obédience française réputée progressiste.

Sept années après le maintien d’Olivia Chaumont dans sa loge, une fois son changement de sexe effectué, le Grand orient qui annonce quelque 50 000 membres pour 1 200 loges ne compte donc à ce jour que : 1,5 femme par loge en moyenne ! Cela dit, une moyenne ne saurait faire vérité. Certaines loges, notamment à Paris, sont féminisées au quart, voire au tiers de leur effectif. Des ateliers d’autres régions ont aussi progressé dans ce sens. Mais cela implique a contrario qu’une grande majorité des ateliers du Grand orient ne comportent aucune femme, certaines loges continuant même à refuser leur visite, fussent-elles membres de la même obédience.

Aujourd’hui, le Droit humain annonce 17 000 adhérents, dont probablement 10 000 sœurs. La GLFF qui semble amorcer une légère décrue en compte 14 000 et la GLMF environ 5 000, dont 2 500 femmes, pour ne mentionner que les obédiences féminisées de quelque importance. Le Grand orient se situe donc en quatrième position. S’il peut espérer accéder au podium dans quelques années, cela ne relèvera toujours pas d’une véritable féminisation, laquelle devrait être observée avec d’autres indicateurs, comme l’accès aux responsabilités, la présence dans les hauts grades, etc.

D’où cette antienne qu’on nous pardonnera, la féminisation de la franc-maçonnerie en général et celle du Grand orient de France en particulier ne sont-elles pas intervenues historiquement trop tard ?

Les Femmes en maçonnerie. Ça ne s’arrange pas

Quelques statistiques :

Les Femmes en maçonnerie. Ça ne s’arrange pas

D’abord des nombres, aussi austères soient-ils, qui sont ici pris dans une statistique proposée par François Koch en juin 2014, dans son article : « 22 obédiences, 174 848 frères et sœurs ! ». Sont indiqués les effectifs transmis par les obédiences dont il s’avère, après plusieurs vérifications, qu’elles ne trichent pas. Le double tableau ci-dessous prend en compte les 15 structures qui dépassaient 900 membres à cette date.

Les Femmes en maçonnerie. Ça ne s’arrange pas

À noter : pour la Grande loge européenne de la fraternité universelle (GLEFU), il s’agit ici d’un dispositif à deux niveaux. Le groupement de loges réunies autour de la GLEFU comporte 150 loges et environ 2600 membres (2016). Sont directement rattachées à la GLEFU : 35 loges pour environ 750 membres. Le nombre de femmes est d’environ 15% et semble en forte croissance (source: GLEFU).

Les Femmes en maçonnerie. Ça ne s’arrange pas

Quant aux autres obédiences citées dont parle le journaliste de L’Express (car il en encore existe bien d’autres, mais microscopiques), elles sont :

-Grande loge symbolique de France (GLSF), issue de l’éclatement de la GLNF, principalement implantée en Bretagne : 550 (300 hommes et 250 femmes) ;

-Grande loge française de Memphis-Misraïm (GLF MM), la moins petite des obédiences masculines ou mixtes de ce rite : 500 (375 hommes et 125 femmes) ;

-Loge nationale de française (LNF) : 350 hommes ;

-Grande loge indépendante de France (GLIF) : 300 hommes ;

-Grande loge initiatique souveraine des rites unis (GLISRU) : 280 (150 hommes et 130 femmes) ;

-Grand orient traditionnel de Méditerranée (GOTM) : 140 (95 hommes, 45 femmes) ;

-Grande loge nationale indépendante et régulière pour la France, les départements et collectivités d’Outre-mer (GLNR) : 100 hommes.

Les Femmes en maçonnerie. Ça ne s’arrange pas

La preuve n’est donc plus à faire que le milieu maçonnique, pour des raisons qui mériteraient d’être creusées bien au delà de ces quelques lignes, résiste encore et toujours à la féminisation et donc à la mixité. Il s’agit ici de la mixité de sexe, tant il est vrai que, comme l’ont expliqué les féministes américaines, mais aussi comme une pratique de visite peut en attester, la mixité de genre est partout présente. Il y a en effet du féminin dans les loges masculines et du masculin dans les féminines.

L’une des hypothèses à cette résistance tient sans doute au fait que bien des hommes, aussi étrange que cela puisse paraître, illustrent cette théorie du genre, tout en la réfutant pour beaucoup, en témoignant d’une peur inavouée d’exprimer leur sensibilité devant des femmes. L’inverse étant fréquent, mais beaucoup moins puisqu’aussi bien le rapport reste écrasant entre les nombres de femmes en mixité (aujourd’hui plus d’une sur deux) et le nombre d’hommes ayant fait ce choix (à peine plus de 10%).

La tâche est donc loin d’être accomplie, qui verra la franc-maçonnerie cesser de creuser son retard avec la société. Le travail, devant ces chiffres éloquents, est principalement à faire en direction des hommes pour qu’ils cessent d’avoir peur des femmes.

Publié par Rédac’ le 4 Avril 2016 -Critica Masonica- Jean-Pierre Bacot

(Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique. )
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