Quelle politique migratoire peut-on promouvoir – QEL D 2016

 

Quelle politique migratoire fondée sur nos valeurs peut-on promouvoir auprès des responsables de l’U.E. ?

Une situation mouvante : En ce début d’année 2016, eu égard aux guerres fratricides et au chaos qu’elles engendrent et qui se rapproche de l’U.E., évaluer même approximativement le nombre de demandeurs d’asile politique fuyant les persécutions, celui des migrants tentant d’échapper à la misère et celui des clandestins entrés sur le territoire de l’U.E. (près de deux millions en 2015?) pour des raisons semblables ressortit à une gageure. Sans compter l’augmentation prévue en 2016 et au-delà par le HCR du nombre de ces migrants.

Venues du Proche et du Moyen-Orient, ou d’Afrique, ces personnes posent un défi inédit à l’Europe, par la soudaineté et l’importance de leur exode, reflets de celles du chaos envahissant leurs pays d’origine.

Pourtant, la politique migratoire de l’U.E., institutionnalisée avec le traité d’Amsterdam en 1997, a pour objectif de réguler les entrées et les séjours des ressortissants de pays tiers et de favoriser leur intégration sociale et économique.

Or les Européens, (au seul sens d’une communauté géographique), partagés entre compassion, peur ou rejet envers ces nouveaux étrangers, adoptent des politiques fort différentes d’un pays à un autre, politiques elles aussi en constante évolution, selon les événements et l’humeur des populations.

Ainsi les valeurs (partage, solidarité, générosité) de l’Europe, particulièrement l’espace sans passeport de Schengen sont mises à mal par le manque de solidarité entre les vingt huit : la Grande Bretagne, son « splendide isolement » et son éventuelle sortie de l’U E., le bloc de l’est et ses dirigeants populistes déclenchant un conflit interne à l’U.E. en refusant toute aide aux migrants ou pire le Danemark souhaitant confisquer leurs biens !

En l’absence totale de consensus  sur l’accueil des réfugiés et sur les différentes facettes de la politique migratoire, aucune solution à long terme ne pourra être envisagée, cela provoque le repli des pays supposés d’accueil sur leurs logiques nationales.

Pour les courants europhobes et eurosceptiques qui ont partout le vent en poupe, et par contagion une partie de la droite européenne, l’échec de la politique migratoire démontre le caractère néfaste de l’espace sans frontières. Crise majeure dans la jeune histoire de l’U.E., que la tragédie du 13 novembre dernier ne peut qu’exacerber, et qui met gravement en danger l’un des piliers de la construction européenne qui est la libre circulation des personnes. Même l’admirable générosité de la chancelière allemande (1 million de réfugiés accueillis en 2015), est attaquée par son propre parti (et les événements sordides de Cologne ne plaideront  pas en sa faveur) ; elle envisage de revenir aux accords de Dublin, surcharge intolérable pour la Grèce en particulier. La création de l’agence Frontex, destinée à coordonner la gestion des frontières extérieures de l’U.E., effort louable mais peu efficace, au regard de la géographie grecque (ses innombrables îles), de celle de l’Italie, ou du jeu pour le moins curieux de la Turquie.

Et qui intégrer de façon prioritaire ? Choix relevant de la compétence des Etats, qui se fieront aujourd’hui davantage à la religion des candidats qu’à leurs diplômes ou savoir-faire…

Par ailleurs, qui peut ignorer les effets du changement climatique, qui vont bientôt jeter sur les voies de l’exil, vers l’Europe, des millions de migrants supplémentaires ?

Réflexions maçonniques :

Nous, Maçons, comment pouvons-nous enrichir cette réflexion ? Certes, nos valeurs, déclinées par les articles I et II de notre Constitution, nous font obligation de placer le sujet au centre de nos préoccupations. Lors de son initiation, le nouvel apprenti prête le serment de pratiquer l’assistance envers les faibles, la justice envers tous…. Ces valeurs plus que jamais doivent nous conduire à porter à l’extérieur du Temple notre regard éclairé sur le monde, malgré le succès grandissant des « passeurs », ou exploiteurs de misère …

Les Maçons peuvent tancer les responsables européens en réclamant la dignité de l’accueil pour tous, un minimum vital, des soins médicaux, l’apprentissage de la langue du pays, l’éducation et le partage des valeurs républicaines comme la laïcité.

Mais est-ce en interpellant les institutions européennes que nous serons le plus efficace ? Ces institutions ne valent que par les peuples qu’elles représentent, or qu’observe-t-on ?

Les opinions européennes sont très divisées sur la question de la répartition des migrants entre les divers pays de l’Union, certes faute d’Europe politique, mais aussi parce que certains pays de l’est, terres d’émigration depuis le 19ème siècle, ont la mémoire courte…Rejet majoritaire des demandeurs d’asile orchestré par des partis nationalistes, voire racistes, poussant à l’érection de barrières, de murs, de barbelés (les USA ou Israël ont depuis longtemps montré l’exemple.ne remontons pas jusqu’aux chinois et leur grande muraille…).

La voix des francs-maçons comme celle des humanistes de tous bords, militants associatifs qui mieux que nous joignent souvent l’action à la parole serait-elle entendue par l’U.E., la réticence de nombreux Etats n’en sera pas vaincue pour autant. C’est avant tout aux européens et aux divers nationaux qu’il faut s’adresser. En chaque citoyen apte à manifester ses choix dans les urnes, il y a une femme, un homme, et ceux-là ont des enfants comme il y a un homme, une femme, ou un enfant en chaque immigré. N’oublions pas non plus que les pays occidentaux, anciens ou néo colonisateurs, portent quelque responsabilité dans la situation actuelle.

Aussi, Francs-Maçons du G.O.D.F., c’est sans doute d’abord chez nous, autour de nous, dans la cité, que nos efforts pour éveiller les consciences, pour imaginer localement des solutions d’accueil devraient porter. Un premier axe de travail, au niveau des politiques à mettre en place a déjà été évoqué, et figure dans tous les médias ; mais le second, travail d’éducation de nos concitoyens, relève également de nos valeurs et nous concerne au premier chef.

Relayons les informations remettant à leur juste place les faits et les chiffres dont certains font leur miel. Rappelons que notre pays a su accueillir et intégrer plus de 3 millions d’italiens en un siècle, 500000 polonais en 1931, près d’un million d’espagnols, 750000 portugais, un million de français rapatriés d’Algérie, en moins de 15 ans à l’aube de la 5ème République. L’assimilation d’autant de personnes en si peu de temps, même si l’époque était celle des « trente glorieuses », et si les migrants d’aujourd’hui appartiennent à une culture différente de la nôtre, pourrait changer notre regard sur nos actuelles possibilités, en évitant quelques erreurs, dont la ghettoïsation…Sachant qu’au 19ème siècle, 10% des habitants de la planète vivaient dans un autre pays que le leur, contre 3% aujourd’hui, il nous faut combattre autour de nous la frilosité de nos concitoyens du « pays des Droits de l’Homme ». L’accueil des migrants (malgré 4000 morts sur les routes de l’exil, notre pays n’a pas augmenté sa délivrance de visas d’asile, et en a refusé 17,6 % en plus en 2015, en taisant la nationalité des demandeurs !*) la vétusté et le sous-calibrage des centres d’hébergement, l’implication insuffisante des villes et de leurs élus selon leurs orientations politiques ne sont pas à la hauteur de la France. Et sachons rappeler que les nouveaux résidents peuvent participer au développement économique  ou redonner vie à des villages qui dépérissent.

S’informer, se cultiver, revenons à notre article I : le perfectionnement intellectuel et social de l’humanité n’est-il pas dans nos attributions ? Et ne doit-on pas faire mieux connaître nos points de vue, irrigués par nos valeurs, au dehors de nos Temples, afin d’inviter nos concitoyens et davantage à accepter de partager l’eau et le sel de la terre, selon l’expression de Régis Debray ?

*In Le Monde du 18 janvier 2016.

  1. Les seuls qui savent pourquoi, parfois, on a envie de se noyer le soir, ce sont les émigrants. Quand on n’a pas été émigrant, on ne connaît pas grand-chose à l’usage de la douleur. La vraie douleur, c’est quand on est seul, qu’on a quitté sa patrie et qu’on va ailleurs, les yeux ouverts, espérant non pas de triompher, mais de vivre.  Frédéric Rossif 
                                                                                                                    

 

 

 

 

 

 

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